La confrontation d'acteurs publics peu versés dans la chose numérique et d'acteurs des TIC naturellement moins bien armés sur les domaines classiques de l'action publique est une réalité et une difficulté connue dans de nombreux domaines, du développement économique à l'administration par exemple. Les questions de la citoyenneté et de la participation n'y font pas exception : des décennies de culture participative aboutissent en ce moment à une tendance qu'il est prématuré de qualifier de mode ou de lame de fond.

La démocratie a besoin de s'oxygéner, de faire venir dans les bureaux de vote des publics qui n'en ont pas le goût, d'impliquer davantage les citoyens dans la vie de la cité; l'internet fournit de nombreux outils collaboratifs, des possibilités de mise en commun de l'information et d'accès à l'expertise, et un nombre croissant de possibilités d'implication des usagers-citoyens. Mais passé le premier enthousiasme, rien n'est facile et tous les soupçons sont permis quant aux intentions des initiateurs de tels projets (qui permettent de faire parler de soi), aux méthodes mises en oeuvre (comment consulter un public anonyme et comment exiger que les citoyens affichent leur vrai nom en ligne ? comment ne pas privilégier les seuls internautes ?), à la pertinence des échanges et débats (l'échange en ligne ne sera pas forcément le moyen choisi par les contributeurs les plus avisés et peut s'avérer un peu sommaire), à la neutralité des dispositifs, à la prise en compte de l'existant (les élus du peuple, le tissu associatif, les instances participatives).

Proposition a eu la chance d'accompagner le projet Dream2 de 2004 à 2006 en Nord Pas de Calais, et depuis 2008 son successeur, le projet Dream+ (en partenariat avec Sopinspace, Thierry Dupas Consultant et Territoires-Identités-Développement), et à ce titre, d'accompagner plusieurs territoires du Nord Pas de Calais dans leurs démarches de e-démocratie. De même, Proposition a accompagné en 2007 la mission Démocratie régionale du Conseil régional d'Ile-de-France dans une étude des démarches et outils numériques permettant de renforcer la participation démocratique et citoyenne, et participe avec Sopinspace à la mise en place du site projets-citoyens et à l'organisation de la rencontre Démocratie en réseaux (novembre 2008). Dans tous les cas de figure rencontrés, l'effort de construction stratégique et méthodologique, d'outillage numérique et de réflexivité est particulièrement délicat, puisqu'il s'agit d'aider à la transformation de visions "verticales" de la société (savoir descendant, pouvoir entièrement délégué, organisations pyramidales) en formes hybrides (expertise partagée, expression publique renforcée, construction collective), faisant le pari de citoyens et d'haitants plus autonomes dans leurs choix et mieux à même de contribuer à l'avenir commun et au vivre-ensemble.

Dans le Nouvel Esprit de la démocratie (La République des Idées, Seuil, 2008), Loïc Blondiaux, après avoir décrit les sources, les modèles, les pièges et les raisons d'espérer de la démocratie participative, formule "six brèves recommandations pour une démocratie effective" : prendre au sérieux les formes matérielles de la discussion, encourager l'émergence de pouvoirs neutres, promouvoir une constitution démocratique mixte, jouer sur la complémentarité des dispositifs, repenser la relation à la décision, réaffirmer sans cesse l'idéal d'inclusion. Fruits de l'expérience d'un chercheur proche du terrain, et peu "numériques" dans leur formulation, ces recommandations sont, de fait, en phase avec les pistes sur lesquelles les projets que nous accompagnons tentent de s'engager.